Étude et réflexions autour du Qi Gong

Le Qi Gong est une discipline millénaire visant l’entretien de la vie (Yangsheng). Fondé sur une cosmologie où les Souffles relient matière et esprit, il exige persévérance et sourire intérieur. Enracinée dans le Xia Dan Tian, la pratique thésaurise les trois trésors : l’essence Jing, l’énergie Qi et l’esprit Shen. Guidé par l’intention Yi, le pratiquant s’ouvre au Vide pour harmoniser son axe Terre Ciel. Depuis 1955, cette voie unifie corps et conscience. En cultivant la structure physique et la fluidité, l’Homme accompli retrouve son âme d’enfant au sein du Tao. Auteur : Dr. Bernard Lamy Date de parution  : 10 septembre 2023 Première partie Qi Gong Qi Gong, Tao, Jing, Qi, Shen, Yi, Li … sont des mots que nous allons tenter de comprendre en gardant bien à l’esprit que la langue et l’écriture chinoise ne figent rien dans des définitions rigides mais suggèrent un état qu’on est en mesure d’éprouver, de ressentir sans pouvoir l’expliciter ni le formuler clairement. Cela s’applique au sens du mot Qi Gong. Prononcer Tchi Kung, Kung de Kung Fu, qui signifie tout à la fois travail personnel, patience, assiduité, ponctualité, persévérance dans l’apprentissage… C’est le compliment décerné par un maître à un élève curieux, réceptif, appliqué et travailleur : sens de Gong. Qi, surtout ne pas prononcer Qui ou Ki car Qui Gong ou King Gong prête à sourire, ce qui n’est pas totalement faux car dans la pratique de certains Tchi Kung, que l’on va désormais écrire Qi Gong, on laisse monter et apparaître sur le visage un « sourire intérieur ». La meilleure traduction de Qi est « Souffles » et on peut dire que tout est Tchi, pardon Qi. Une conception unitaire et organique de l’Univers vivant Toute la cosmologie chinoise est fondée sur l’idée de « Souffles » à la fois Matière et Esprit. Le sens de l’idéogramme est révélateur : de la matière dense se transforme en vapeur… À partir de cette idée de souffles il y plusieurs milliers d’années les premiers penseurs ont élaboré une conception unitaire et organique de l’Univers vivant où tout se relie et se tient par ces Souffles. Le « Souffle primordial assure l’Unité originelle ». Il continue d’animer tous les êtres et les relie dans un gigantesque réseau d’engendrement, matrice commune, appelée le Tao dont la traduction habituelle est « La Voie » qui n’a pas de forme, dont il ne faut pas essayer de parler mais qu’il faut vivre, ressentir. La tête, avec le mental, son besoin de raison, de logique, les sens trompeurs, le petit ou gros « Moi » ne facilite pas l’approche du Tao. Il faut, comme le préconise Hergé dans « Tintin : le Lotus Bleu » se couper la tête. Lao Tseu l’a dit : « Il faut chercher la Voie ! Moi je l’ai trouvée. Il faut donc que vous la trouviez aussi… Je vais d’abord vous couper la tête, ensuite vous connaîtrez la Vérité ». Quand les maîtres de Qi Gong répètent inlassablement « Yi Shou Dan Tian » garder, conserver l’esprit, l’intention dans le ventre ils ne disent pas autre chose. Lao Tseu dans le Tao Te King énonce qu’au sein de cette Voie, la nature et le rythme de ce souffle primordial est ternaire : “Le Tao engendre l’Un, l’Un engendre Deux, Deux engendre trois, le Trois engendre les dix mille Êtres…” C’est un engendrement continu, non une création au sens biblique. Il n’y a pas de Dieu créateur comme dans la tradition judéo-chrétienne mais l’aspect trinitaire est présent. Pour les taoïstes, il se résume à un trait continu pour le ciel Yang et un trait redoublé pour la terre Yin et la somme des traits fait trois : apparence mystérieuse d’autant que le souffle primordial se divise bien en trois souffles agissant de façon concomitante : • Un souffle Vide qui tire son pouvoir du vide originel, lieu où circule et se régénère le Qi et qui a le don d’entraîner dans une interaction/production/transformation/devenir perpétuel : le souffle Yin douceur réceptive et le souffle Yang puissance active. • Pourquoi cette approche mystique ? car dans les enseignements du Qi Gong les proverbes « gravitant autour du Vide » sont nombreux en voici quelques-uns. Les traducteurs utilisent souvent le mot Néant pour Vide. • « Le plus miraculeux dans le Qi Gong est de se trouver dans le Néant ». • « Se maintenir dans le Néant afin de nourrir l’Esprit ». • « Évoluer à proximité des phénomènes, pour retrouver le Néant où s’assemble la Voie ». Réflexion à propos du Néant Dans la sonorité qu’utilise en occident la langue des oiseaux ce pourrait être : « je suis né en… » Importance de la zone du nombril dans les exercices de Qi Gong, Shen Jue : Palais de l’Esprit qui nous relie à notre mère, à notre embryologie, à notre source, nos Racines Ben … Retrouver son âme d’enfant, rechercher une respiration embryonnaire… Néant, dans la cosmologie chinoise a aussi le sens de Chaos (Légende de l’empereur Hou Toun) et pour les taoïstes, Zhuang Zi en particulier, nous avons d’abord tous existé dans cette indistinction première d’où tous les êtres naissent. Ce vide, cette confusion, ce chaos initial sous-tend la Vie. Il nourrit notre subjectivité, nos états de conscience, notre vraie réalité. L’astrophysique moderne et les balbutiements de la médecine quantique vont dans ce sens. • « Être disponible au Vide est la clé du ressenti de la pratique du Qi Gong ». • « Tire parti de ce que tu as reçu du ciel sans chercher à te l’approprier : contente-toi du Vide ». Ce Vide nous est accessible, il est cet ensemble de facultés, de ressources, de forces connues ou inconnues dont notre corps et notre esprit disposent qui nous déterminent et que nous n’utilisons pas ou peu. Il n’est pas vraiment vide mais rempli autant de flou que d’activités lumineuses. • « Le Qi Gong n’est pas mystérieux, il se manifeste dans le calme, la paix,