L’évolution originelle du Qi Gong

Le Qigong est l’art d’utiliser le mouvement, le souffle et l’esprit pour purifier et renforcer l’énergie vitale, le Qi. Aujourd’hui une grande diversité de techniques et de méthodes sont regroupées sous ce terme récent de Qi gong, apparu en 1955. Mais dès l’Antiquité, les taoïstes chinois avaient compris qu’il fallait augmenter la tonicité des organes internes avant d’exhiber une force externe de façade. A cette fin ils développèrent un ensemble de méthodes et de pratiques permettant de « nourrir la vie » (Yangsheng) et d’éviter la maladie. Date de parution : 2017 Selon la tradition, le Qigong est l’art d’utiliser le mouvement, le souffle et l’esprit pour purifier et renforcer l’énergie vitale, le Qi de la tradition antique taoïste. Lorsque j’ai écrit, en 1981, de retour de Taiwan, mon premier livre sur le Qigong qui portait le titre de « Chi-Kong, exercices chinois de santé » publié aux Presses de la Cité, j’étais à mille lieux de penser que cette méthode typiquement extrême-orientale connaîtrait un jour une telle vogue en France. Cette popularité du Qigong est certes due à différents facteurs : sa facilité de pratique, l’apparition de sensations agréables, la sensation de bien-être immédiat et les effets bénéfiques sur le corps et l’esprit. Mais comment expliquer la diversité des écoles de Qigong et leurs motivations ? Au niveau des certitudes, la plus évidentes est celle de l’origine de la médecine énergétique chinoise et le Qigong : ceux-ci n’ont pas été inventés par les Grecs, les Hébreux ou les Celtes ; ils nous viennent de l’Extrême-Orient et leur âge vénérable les font remonter à l’antiquité du continent asiatique (Chine, Inde, Japon, Corée et Vietnam). Et combien savent que le mot Qigong est d’utilisation relativement récente : 1955 la Maison de retraite Tangshan, a élaboré le premier traitement moderne connu sous de sous le nom de Qigong en Chine, et a été récompensée par le ministère de la Santé pour ses résultats cliniques. Des questions se posent immédiatement au lecteur curieux au sujet du Qigong : est-ce une routine de santé, un entraînement martial, une technique médicale ou un entraînement spirituel bouddhiste ou taoïste ? Cette grande diversité apparente provient de l’origine multiples des différentes techniques et méthodes qui forment maintenant le corpus du Qigong. Le Qigong moderne a voulu un temps nier ses origines spirituelles pendant la période difficile de la révolution culturelle, mais les Chinois contemporains eux-mêmes sont retournés aux sources, et l’on n’hésite plus maintenant à considérer que l’aspect traditionnel du Qigong constitue son plus remarquable héritage. « Prends une respiration profonde et fixe-la au champ de cinabre. Retiens ton souffle quelques instants et emmène-le, comme une plante vivace, jusqu’au sommet de ta tête… » Inscription sur le jade datant des Royaumes Combattants. En Occident, il existe une manière très en vogue de maintenir en forme le corps : on court, on augmente la pulsation cardiaque et l’on se forge des muscles d’acier en salle de musculation. Les anciens taoïstes chinois appellent cet entraînement : Zong Wei Jiang Gong ou construire la force externe. On s’aperçoit cependant que les personnes dotées un corps musclé, et capables de capacités sportives appréciables ne sont pas, ipso facto en meilleure santé que le commun des mortels. Certaines statistiques américaines montrent même qu’un excès d’entraînement sportif peut même conduire à un vieillissement prématuré. Les taoïstes ont constaté qu’avant d’exhiber une force de façade, il fallait avant tout développer la force interne, c’est-à-dire augmenter la tonicité des organes internes. A cette fin, la musculation et l’entraînement sportif habituel en Occident se montrent d’une utilité limitée. Bien sûr, le cœur est stimulé, mais rares sont les exercices qui permettent d’agir sur la tonicité des organes internes à long terme. En Chine ancienne, on considère avant tout l’abondance et la circulation de l’énergie (Qi en pinyin), une forme vitalité subtile que les appareils modernes commencent à peine à mesurer. Pourtant, toute la médecine classique chinoise s’appuie sur la compréhension de cette énergie. Pour les taoïstes, le Qi est la force naturelle qui emplit l’univers, décrivant ainsi un Qi du ciel, un Qi de la terre et un Qi humain. C’est ce dernier qui fut, depuis l’aube des temps, le sujet d’expérimentation menée afin de prolonger la vie, délivrer les humains de la souffrance (maladies) et provoquer l’éveil de la conscience spirituelle. Hua Tuo et les cinq énergies Le long de l’histoire de la Chine, la première mention d’un système de mouvements thérapeutiques remonte aux temps préhistoriques, sous le règne de l’empereur Yu le Grand. Celui-ci ordonna à son peuple la pratique d’exercices destinés à renforcer leur vitalité et à unir « le Ciel et la Terre ». Plus tard, sous la dynastie des Han, au II ème siècle après J.-C, Hua Tuo observa la souplesse naturelle et les réactions spontanées des animaux sauvages. Il se dit en lui-même que ces bêtes connaissaient l’art de la décontraction dans le mouvement, art qui manquait justement aux fonctionnaires de la cour de l’empereur, stressés par l’étiquette et les soucis. Alors, il examina avec attention les animaux les plus agiles et les plus habiles ; c’est ainsi qu’il développa une série de mouvements copiés sur cinq animaux : le tigre, l’ours, le cerf, le singe et l’oiseau. Ces évolutions étaient destinées à déclencher une transpiration salutaire, et à augmenter la souplesse des articulations, indispensable au bon écoulement de l’énergie vitale (le Qi) dans les canaux d’énergie (Les Jing Luo). Chaque animal fut ainsi relié à l’un des cinq organes de la médecine chinoise. Par exemple le jeu du singe sert à nous rappeler que le fluide ne peut circuler qu’avec la joie de se mouvoir librement en oubliant les mouvements conventionnels souvent réducteurs. Hua Tuo avait noté que chaque animal peut nous faire exercer une partie de notre psyché, ce que les anciens nommaient le Jingshen, conglomérat psychosomatique d’énergie émotionnelle et physiologique. Ainsi l’imitation du cerf peut nous libérer de notre colère et l’exercice du dragon réveille en nous des forces mentales et physique insoupçonnées. Ainsi la zookynésie peut nous raccorder à notre être originel et nous faire