Ce qu’il faut savoir sur le Qi Gong

La vision moderne du Qigong se réduit souvent à une gymnastique récupérée par des institutions en quête de monopole. Pourtant, dès 200 av. J.-C., des textes mettaient en garde contre les dérives corporelles et les faux maîtres. Le Qigong authentique repose sur trois axes : entretien physique, développement du Qi et éveil spirituel. La métaphore du tir à l’arc illustre cette unité entre geste, énergie et conscience. Si l’équilibre et la sérénité sont précieux, ils ne restent que des moyens vers un but spirituel lié au Tao et à l’harmonie universelle. Auteur : Georges CHARLES (chef de file de l’école SAN YI QUAN) Date de parution : 10 septembre 2023 « Qigong » Physiologie, psychologie et spiritualité C’est un peu comme le monstre du Loch Ness : tout le monde en a, déjà, entendu parler. On a vu quelques reportages à la télé. C’est impressionnant mais un peu vague. Et chacun a son hypothèse sur la question. Plus de quarante années de pratique et trente ans d’enseignement motivent les explications qui suivent. Mais on pourra toujours en parler, et publier à son sujet; le secret réside dans la pratique, et dans elle seule. Il faut goûter pour comprendre et même, souvent, persévérer un peu. Mais dans ce cas c’est la porte d’un autre univers où espace et temps se confondent au sein du Tao. L’empereur Jaune rechercha l’immortalité grâce au « Qigong » et aux pratiques de l’Alchimie Interne ! Il convient de rendre aux mots leurs valeurs : le bon sens (Kongzi – Confucius) Le « Qigong », ou « Chi Kung » (prononcez tchicongue !), gymnastique millénaire d’éveil et de santé chinoise, fait désormais partie intégrante de notre société. De nouveaux ouvrages sont publiés sur ce sujet. ils sont maintenant plusieurs centaines qui expliquent, à vrai dire, toujours à peu près la même chose : le « Qigong » est ancien voire millénaire, est chinois, est bon pour la santé, est sans danger, est facile à pratiquer, est accessible à tous, est adapté au monde moderne, est non violent, est capable de soigner sinon de guérir de multiples affections et maladies. Il n’est pas non plus une saison sans que se créent de nouvelles fédérations concernant le « Qigong » ou ne s’organisent des colloques nationaux, européens, mondiaux sinon intergalactiques cautionnés par ces mêmes fédérations. Les fédérations déjà existantes, de leur côté, gesticulent comme des diables dans des bénitiers en criant sur tous les toits que le « Qigong » leur appartient de fait. Cela ne pourrait se discuter. Il semble tout à fait normal, en effet, que les fédérations « officielles » reconnues en tant que telle par LE Ministère, il n’en existe qu’un seul, celui de la Jeunesse et des Sports, soient désireuses de conserver un monopole totalement exclusif à ce sujet. Donc la clé de la caisse enregistreuse. Le raisonnement est simple puisque qu’officiellement le « Qigong » est une sorte de Taijiquan (Tai Chi Chuan), que le Taijiquan est une sorte de « Kung Fu » et que le « Kung Fu » est une sorte de Karaté, le « Qigong » est donc une sorte de Karaté chinois mou et statique pour les vieux, les dames, les malades. Donc une sorte de Taijiquan (Tai Chi Chuan) ou de Karaté. Au choix et suivant le Ministre. Il est donc assimilé, affilié, associé tantôt au Karaté, dont il demeure une discipline affinitaire, tantôt au Taijiquan (Tai Chi Chuan) dont il est feudataire sinon le vassal. De leur côté, les Chinois, eux-mêmes, commencent à dénoncer une dérive inquiétante de cette discipline tant dans son pays d’origine, la Chine, qu’en Occident. Un article paru dans un quotidien chinois expliquait il y a peu « En Chine, on compte actuellement plus de cent millions de personnes qui pratiquent le Qigong. Chiffre considérable qui indique la place importante du Qigong dans la vie quotidienne des Chinois. Toutefois certains signes semblent indiquer que le Qigong a été détourné de sa vocation d’origine pour être utilisé par certains à des fins malhonnêtes. » Suivent la description de multiples arnaques imputées à des enseignants et maîtres présumés de « Qigong » qui prétendent posséder l’immortalité, l’invulnérabilité, dialoguer avec les extra-terrestres les insectes et les fleurs, soigner le sida et le cancer par simple imposition des mains. En guise de conclusion, le journaliste chinois affirmait simplement : « Ainsi, le Qigong, philosophie qui n’était qu’un art de vivre, sert de prétexte à toutes sortes de manipulations.Ce phénomène du « faux Qigong » n’est pas isolé en Chine où le « faux » est présent partout et devient une caractéristique de la société actuelle. » La pratique du « Qigong » du Tao Yin Tu en 200 av JC (Tombeau de Mawangdui – tombe de la Duchesse de Dai) A vrai dire cela ne date pas d’aujourd’hui puisque le Prince Liu An, en 200 av.J.C., dans son « Traité du Huainan » (Houainan Zi ou Huai Nan Tseu), toujours considéré comme l’un des plus grands classiques de la Chine antique, au traité N°7, chapitre 31, émet une mise en garde solennelle à ce sujet précis : « Prenez garde surtout de ne pas vous égarer en vous mettant à la suite de faux prophètes des écoles farfelues où l’enseignement contre nature est proposé par des fous dont la conduite et les principes ne valent pas qu’on y donne même une pensée. Méfiez-vous particulièrement des gymnastes (Tao Yin Tche Che) du Tao. Ils ne connaissent que les postures, ils appliquent là l’Art du Coeur selon un schéma purement corporel. Là où il faut entendre la circulation parfaite à travers le corps des souffles du Ciel et de la Terre, ils entendent les échanges entre l’appareil respiratoire de l’homme et l’air extérieur. Tout le reste de leurs exercices physiques est prescrit dans la même optique insuffisante. Nous savons bien que Wang Kiao et Tche Song Tseu pratiquaient cette gymnastique du Tao, mais eux ne s’en tenaient pas là. Ils y adjoignaient l’art d’entretenir le souffle et d’éveiller l’Esprit Authentique, qui
Confucius et la pratique du Qi Gong

L’essence de la pensée de Confucius dépasse la simple verticalité martiale. Elle s’articule autour de deux piliers : Zhong, la loyauté envers soi-même (la verticale), et Shu, l’indulgence envers autrui (l’horizontale). Cette rectitude, ou Zheng, impose de redonner leur juste sens aux mots et aux fonctions sociales pour réformer l’État de l’intérieur. Loin d’être un dogme rigide récupéré par les pouvoirs, le confucianisme prône une éthique chevaleresque. Finalement, l’idéal réside dans le San Jiao He Yi, l’harmonisation unifiée des sagesses bouddhiste, taoïste et confucéenne au service de l’éveil. Auteur : Georges Charles Shengren Daoshi San Yiquan Date de parution : 26 avril 2022 En 2013 parait le film « Grand Master » de Wong Kar Wai. Dès la séquence d’introduction, Tony Leung, qui joue le rôle de Yip Man énonce cette vérité « Le Kung-Fu c’est deux mots, horizontal, la terre, vertical, le ciel ». Et il ajoute doctement « Faites une erreur : horizontal, restez vertical et vous gagnez ! ». Il s’agit bien d’un film (très) grand public et la formule a, depuis, été reprise par tout un chacun. Évidemment c’est facilement compréhensible debout, vertical, vous êtes vivant, couché, horizontal, vous êtes mort. Donc le Ciel (Yang) vaut bien mieux que le Terre (Yin). Avouons que c’est quand même un tout petit peu primaire. Et très «occidental ». Mais d’où provient originellement cette formule ? Concernant la doctrine de Maître Kong, alias Kongzi ou Confucius, elle semble devoir être attribuée à Wangbi (Wang Pi) (226 249) que l’on donne, en Occident comme un « Néo-Taoïste » et qui ne se prive donc pas pour critiquer la Maître : « Toute la doctrine du Maître Kong tient en deux caractères, exclusivement, Zhong et Shu. Zhong c’est s’élever au plus haut de soi-même, la verticale et Shu c’est s’ouvrir vers autrui, l’horizontale. Tout le reste n’est que laçage de sandales ! » Et paf ! Caractère Zhong : La Loyauté Évidemment cela réjouit toutes celles et ceux qui pensent devoir détester Confucius par principe. Mais quels sont ces deux fameux caractères ? Zhong (Ricci 1272) signifie fidèle, loyal, sincère, honnête, intègre. Shu (Ricci 4429) signifie juger équitablement, pardonner, absoudre « Juger et traiter autrui comme on aimerait l’être soi-même ». Zhong Shu signifie donc « Etre fidèle à ses principes mais indulgent envers les autres ». C’est l’intransigeance personnelle mais la bienveillance envers les autres. Cela rappelle l’adage québécois qui affirme « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants (on pourrait dire aussi des ami(e)s…) » Confucius, cinq siècles avant le Christ, avait dit, non seulement « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse (ou te fit) » mais « Fais aux autres ce que tu aimerais bien que l’on te fasse ». Ce qui est, n’en doutons pas, un sacré programme. Le caractère Zhong représente un Cœur (Xin) (je mets une majuscule car il ne s’agit pas uniquement de l’organe « pompe cardiaque » mais de sa fonction subtile) surmonté par ce qui représente une cible transpercé par une flèche, donc le centre, le milieu. « Lorsque la flèche atteint le centre de la cible elle produit simplement le son « Zhong » (Chong). Et un simple murmure d’approbation parcourt les spectateurs » (Tir à la Cour d’un Préfet, Livre du Rituel (Li Ji)). Pas besoin d’applaudissements superfétatoires puisque la flèche a atteint la cible ce qui était son but. La flèche atteint son but, le centre de la cible et donc le cœur de celui qui assiste au tir. Il en est élevé. Pour le tireur c’est l’exigence personnelle sinon il doit retourner s’entrainer. Mais il n’en tire aucune vanité ni ne réclame aucune médaille. Si la flèche n’atteint pas le centre de la cible il n’incrimine ni l’arc, ni la flèche, ni la cible ni le vent ni les spectateurs. Mais il sait ce qui lui reste à faire et il le fait. Ce caractère Zhong a été tatoué sur le dos de Yue Fei par sa mère : « Jing Zhong Bao Guo » ; « Etre Loyal et Patriote à la Chine ». « Être Loyal et Patriote à la Chine » Jing Zhong Bao Guo – le fameux tatouage de Yue Fei Yue Fei (1103-1142) était un célèbre général pendant la Dynastie Song et un héros national. Il était surtout connu pour avoir défendu les Song du Sud contre les envahisseurs Jin. Il était aussi un stratège notoire, mais ça n’est pas son talent militaire qui laissa le plus profond impact sur le peuple chinois. Sa loyauté et sa dévotion devinrent un modèle pour la jeunesse chinoise. Le Mémorial de Yue Fei se situe à Hangzhou et demeure l’un des lieux historique et touristique les plus visités de la Chine. Un autre mot clé qu’oublie Wangbi est Zheng (Cheng) (Caractère Ricci 319) qui signifie droit, rectitude, rectifier, remettre droit. Le Maître Kong l’emploie lorsqu’un Prince lui demande ce qu’il ferait si il était à sa place et Confucius répondit simplement « Zheng Ming » ce qui signifie « Rectifier les noms » donc redonner aux mots leur juste valeur, les remettre droit. Mais en chinois Zheng Ming signifie aussi le « bon sens ». Il répond au prince « du bon sens ! » ce qui est pour le moins osé. En passant, ce caractère Zheng est constitutif, avec la grande hallebarde à crochet (Ge) du terme Wu (Bu au japon) que l’on traduit malheureuse- ment par « martial » alors qu’il signifie littéralement « bravoure » ou par extension « chevaleresque ». L’Empereur Kangxi explique « Le Brave (Wu) est celui qui est capable de faire cesser la violence sans nécessairement utiliser celle-ci ». Il faut insister sur le terme « nécessairement » car si il n’y a pas d’autre moyen il convient donc de l’utiliser en retour. Confucius est assez mal compris en Occident et, peut-être, plus encore en Chine. On en fait la parangon de la vertu, de l’ordre, de la