Entretien avec Gérard Edde

Dans cet entretien, Gérard Edde explique que le Qi Gong vise la santé et la longévité, malgré sa diversité issue d’origines anciennes et d’une appellation récente 1957. Il insiste sur les excès, responsables de déviations, notamment dans des pratiques intensives ou mal guidées. Les approches varient selon les écoles taoïstes, bouddhistes ou martiales, et le lâcher prise n’est pas universel. Il critique la standardisation moderne et rappelle l’importance des bases comme le dan tian. Le Qi Gong repose sur une coopération avec l’énergie et un travail progressif proche du Yangsheng. Date de parution : 20 juillet 2025 Le Qi Gong, gymnastique chinoise ? Bonne pour la santé et pour tous les âges ? C’est une question complexe. Si on entre dans le détail cela devient facile, mais sur le plan général c’est une question qui pour bien y répondre demanderait de nombreuses pages. Je vais prendre un exemple, on entend à la télévision que les carottes, c’est bon pour la santé, ce qui est vrai, mais si on mange trois kilos de carottes tous les jours ce ne sera pas bon pour la santé. Si on boit trois litres d’eau durant la journée, très vite on va tomber malade. De la même façon, on entend que le sport, c’est bon pour la santé, mais lorsqu’il s’agit de sport de haut niveau, qui exige du corps des efforts intensifs, on s’aperçoit que cela peut être préjudiciable à la santé. En fait il en est de même pour tout et donc aussi pour le Qi Gong. Tout cela ne signifie pas que les carottes, l’eau, le sport ou le Qi Gong sont mauvais pour la santé, ce serait faux de penser ça. Bien sûr que pratiquer le Qi Gong est bon pour la santé. Selon les statistiques, en Chine, au niveau le plus bas, la plupart des gens le pratiquent pour la santé, car ce qu’ils attendent avant tout du Qi Gong c’est une bonne santé et une bonne longévité ; acquérir une bonne longévité est très important en Chine et le Qi Gong est réputé là-bas pour permettre d’allonger la longévité. En ce qui concerne les aspects spirituels, le renforcement de l’esprit, les capacités martiales… ce ne sont que des bonus, le point principal du Qi Gong c’est la santé. Vivre plus longtemps en meilleure forme, c’est la base de la définition du Qi Gong. Le mot Qi Gong a été utilisé pour la première fois par les communistes à l’occasion de l’inauguration d’un sanatorium dans le Nord de la Chine en 1957. Dans cet établissement, le Qi Gong devait être pratiqué afin de guérir les malades atteints de maladies graves dites incurables. Ne voulant pas employer les mots anciens comme Dao yin, les autorités ont voulu utiliser un mot nouveau et ont choisi le mot Qi Gong qui n’avait pas été employé depuis 2000 ans et le but était vraiment de mettre en place une pratique pour la santé. Il peut y avoir dans le Qi Gong des déviations du Qi qui sont dues principalement à des excès de quelque chose. En général c’est plutôt dû à des excès qu’à des manques. Une personne qui fait 10 minutes de Qi Gong par jour ne risque pas une déviation. Ceux qui risquent ces déviations sont ceux qui en font beaucoup, un peu comme le sportif de haut niveau risque de se froisser un muscle s’il le fait mal, c’est exactement la même chose. Les déviations concernent principalement les gens qui forcent, qui veulent aller trop vite et qui veulent des résultats. On ne peut pas dire que le Qi Gong soit toujours lié au lâcher prise, cela dépend des écoles. Si dans l’école taoïste c’est le Wuji, le non-vouloir, dans l’école bouddhiste, en particulier Shaolin, il y a une discipline parfois très difficile qui doit être commencée très tôt dans la vie, à l’adolescence ou jeune adulte. Le lâcher prise n’est valable que dans certains Qi Gong, pas tous. Dans les Qi Gong martiaux ce n’est pas du tout le cas, quand on s’entraîne à la pratique de la chemise de fer ou la main de fer par exemple, on ne peut pas parler de lâcher prise, il y a un but et il faut aller jusqu’au bout. Mais ça fait aussi partie du Qi Gong. Le Qi Gong n’existe pas, les Qi Gong existent, il y en a des milliers. C’est une idée vaguement communiste des années 60/70 qui incite tout le monde à faire la même chose, mais c’est faux, cela n’a jamais existé et heureusement cela n’existera jamais car nous sommes tous différents. En ce qui concerne le terme de gymnastique, je citerai Georges Charles qui a répondu à cela il y a très longtemps. Le terme de gymnastique occidentale vient d’un suédois qui s’appelait Pehr Henrik Ling qui fut le père de la gymnastique « occidentale », non pas d’après les grecs, bien que le mot gymnastique soit grec, mais d’après les chinois, sous l’influence de son ami chinois Ming passionné d’art martiaux. D’ailleurs ce qui caractérisait la gymnastique grecque avait été perdu depuis longtemps. Cela signifierait que la gymnastique occidentale actuelle a été copiée sur un modèle chinois, il y a un siècle et demi à deux siècles. C’est pour cela que le terme « gymnastique » est un peu curieux, c’est un terme grec mais ce sont très certainement des mouvements chinois qui ont été un peu adaptés aux besoins de l’époque, avant le XXème siècle. Ensuite cela a été repris en France par des mouvements de santé qui étaient principalement des mouvements socialistes pour le développement de la personne et aussi par les nazis en Allemagne (années trente). Cette gymnastique « suédoise » a été énormément reprise, dans le but d’éduquer le peuple ou, pour les nazis, de créer une race (sic) saine, comme les Grecs le disaient aussi. Dans la gymnastique, il n’y a pas de dimension énergétique, certains parlent de gymnastique chinoise d’autres de yoga chinois, ce dernier terme serait plus près de la vérité étant donné la dimension énergétique du

Entretien avec le Docteur Jian Liujun

Le Qi Gong est une pratique adaptable à tous dès 5 ans jusqu’à un âge avancé grâce à la diversité des techniques et à l’ajustement selon la santé. Il repose sur trois éléments corps respiration esprit incluant concentration et visualisation. Au delà des mouvements il vise la circulation de l’énergie et l’équilibre émotionnel estimé à 80 % des causes de maladies. Plus qu’une gymnastique il constitue une philosophie liée au Dao et au yin yang cherchant l’harmonie avec la nature et l’unité avec le ciel et la terre proche du Yangsheng et du Non Agir. Date de parution : 16 mars 2025 Le Qi Gong, une pratique pour tous La pratique du Qi Gong pour tous ne présente aucun problème. Nous avons le choix entre différentes techniques ainsi, selon l’état de santé de départ du pratiquant, le Qi Gong peut s’adapter à tous, mais il faut savoir comment l’appliquer, ça c’est le problème des professeurs. Il faut bien conseiller les gens car toutes les techniques ne conviennent pas à tout le monde. Il est possible de le faire pratiquer à des très jeunes, à partir de cinq ans, avant ils ne comprennent pas ce qu’ils font, et jusqu’à un âge très avancé. Pour les plus jeunes nous choisirons des techniques externes qui ne demandent pas trop de concentration, visualisations ou respirations. Nous faisons pratiquer des mouvements. Les mouvements des Cinq animaux, ceux ou des Huit pièces de brocard leur conviennent parfaitement. Trois éléments déterminent la pratique : le corps, la respiration, l’esprit, ce dernier comprenant la concentration (interne ou externe), la visualisation (interne ou externe). La concentration et la visualisation sont déterminées en fonction de l’état de la personne. En ce qui concerne la posture et les mouvements, il est possible de pratiquer debout, assis ou encore allongé, pour les personnes très malades et alitées. Lorsque les problèmes deviennent moins graves, il est alors possible de pratiquer assis puis, ensuite, lorsque la personne va mieux, la pratique peut se faire debout. En ce qui concerne les mouvements il en est de plus ou moins complexes. Il est préférable de commencer par les plus simples pour aller progressivement vers la complexité. Le degré de difficulté, toujours selon l’état de santé de la personne, permet encore de choisir. Par exemple, lorsque le corps se penche, les mains vers le sol, comme dans les Huit pièces de brocard ou le Yi Jin Jing, la pratique se fait sans forcer, en fonction des possibilités physiques de la personne. Qi Gong, un art énergétique Le Qi Gong, une gymnastique chinoise ? On peut traduire comme on veut, ce n’est pas un problème. Pour moi, le Qi Gong est un art énergétique qui permet de capter, faire circuler, renforcer et utiliser l’énergie. C’est un art traditionnel chinois basé sur la richesse de la culture chinoise, spécialement pour entraîner le corps et le mental. Le Qi Gong c’est ça ! Si on le traduit par gymnastique ce n’est pas juste, cela mène à penser que le Qi Gong se limite simplement à des mouvements. Ce n’est pas le cas ! Le Qi Gong c’est aussi la respiration dont le principe est : L.P.P.C. Lentement, Profondément, Progressivement et Continuellement, par le bas-ventre, par le Dan Tian. Ça c’est la respiration du Qi Gong ! Puis il y a la dimension de l’esprit, dont le but est d’atteindre la vacuité, d’éliminer les idées diffuses et confuses de notre mental et de maîtriser nos émotions, car 80 % de nos maladies viennent de nos émotions, cause interne. Si on dit que le Qi Gong est un art de santé, le qualifier de gymnastique n’est pas suffisant, le Qi Gong ce n’est pas simplement faire bouger le corps, ce serait oublier, l’aspect mental du travail et celui de cultiver la vertu. Imaginez quelqu’un qui veut être en bonne santé alors qu’il accumule trop de stress, trop de colère, que trop de soucis, trop d’idées tournent dans sa tête et ne sortent jamais… Le Qi Gong est fait pour enlever tout ça. Il va pratiquer le Qi Gong pour, tout d’abord, calmer son esprit et cultiver la vertu. Le Qi Gong est une philosophie Parler de l’esprit c’est parler de notre façon de voir ce qui se passe : dans la vie, dans notre vie personnelle, dans la vie publique ainsi que ce qui se passe dans l’univers… Le Qi Gong, pour moi, ce n’est pas seulement un art de santé, pas plus que le Qi Gong martial serait un art de combat. Le Qi Gong pour la santé, pour le combat, sont seulement des particularités des effets de la pratique. Si on ne pratique que pour un de ces aspects, notre but est un peu trop limité. Je pense que le Qi Gong est avant tout une philosophie, un mode de vie, cela ne se limite pas à quelques gestes. Le but recherché à travers la pratique, c’est de s’unifier avec le ciel et la terre. Pour cela il nous faut être conforme au Dao. Le Dao c’est le yin – yang qui harmonise notre corps et notre esprit. Nous sommes en bonne santé quand yin – yang est en harmonie, s’il y a déséquilibre de yin – yang, alors on tombe malade. Au sein de la famille, si yin – yang est harmonisé, tout le monde est heureux. De la même façon, si le yin – yang de la société est bien harmonisé, la société connaît alors le bonheur. L’être humain avec le ciel, c’est pareil, si on est en harmonie avec le ciel, si on ne fait rien contre la nature, il n’y aura pas de « punition » de la part du ciel. Imaginez l’hiver, s’il fait très froid et qu’au lieu de se couvrir plus, on se découvre, on agit alors contre la nature et même si c’est pour renforcer notre énergie, à long terme ce n’est pas bon pour la santé. De la même façon lorsqu’en été s’il fait très chaud et que l’on s’habille

La pratique du qi gong au secours du dos ?

Le Qi Gong, popularisé depuis 2000, n’est pas une simple gymnastique mais une approche globale de l’être. Face au mal de dos, il refuse de traiter le symptôme isolément. La douleur signalant un blocage du sang et de l’énergie, la pratique vise à restaurer la fluidité par la mise en mouvement. En unifiant posture, respiration ample et apaisement émotionnel (JingShen), elle libère les tensions accumulées. Héritier de traditions millénaires influencées par le taoïsme et le bouddhisme, cet art énergétique soutient la santé globale sans segmenter le corps, offrant un soulagement durable. Article paru dans Biocontact n° 341 – 10 janvier 2023 Depuis le début des années 2000, la pratique du qi gong se popularise. Plusieurs fédérations sportives se sont « emparées » de cette pratique, le monde médical s’est intéressé à ses bienfaits et nous avons assisté à une recrudescence d’articles, de témoignages et de livres sur le sujet. Précisons enfin que la formation d’enseignants de qi gong s’est aussi largement développée ces dernières années. Il est raisonnable d’envisager que le phénomène dépasse nos frontières, car bon nombre d’experts et de maîtres chinois sillonnent le globe afin de dispenser formations et enseignements. Souvent présentée comme une gymnastique de santé, douce et sans risques, que peut réellement nous apporter cette pratique ? Aujourd’hui, il est courant que la pratique du qi gong soit encouragée, voire prescrite pour certaines affections. Parmi ces dernières se trouve le mal de dos. Tentons de comprendre comment cette pratique peut accompagner et parfois soulager une personne atteinte de douleurs dorsales chroniques ou ponctuelles. Essayons pour cela de ne pas tomber dans une simplification excessive de la pratique et évitons l’écueil de traiter un symptôme pour appréhender une vision globale de l’être humain. L’homme, un tout En qi gong, il n’est pas possible de parler d’exercices pour soigner un mal de dos uniquement. Le qi gong, tout comme la médecine chinoise dont il est issu, ne segmente pas le corps humain, il cultive l’énergie vitale ou le souffle vital. Qi, c’est l’énergie produite par le vivant : très manifesté, le qi devient la matière vivante elle-même, moins manifesté, il est l’influx nerveux et la pensée. Qi est en quelque sorte l’activité métabolique qui nous maintient en vie. Le qi gong appréhende toujours l’homme comme un tout. Cet homme fait partie de l’univers, il est relié au Soleil, au Ciel, à la Terre… et avec tout ce qui l’entoure sur cette planète, saisons, climats, plantes, animaux. L’origine du mal au dos Le mal de dos peut avoir plusieurs origines : postures, émotions, stress, inquiétudes, choc, accident… Le cours de qi gong ne va pas être le lieu pour comprendre l’origine de ce mal, mais plutôt le moyen de trouver ou retrouver l’harmonie sur les trois plans qui caractérisent l’homme : le physique, les émotions et l’esprit. Cette paix de l’esprit est pour nous, êtres incarnés, complètement liée à notre capacité à être connectés à la réalité de notre corps, ce que les Chinois nomment JingShen, communion du corps et de l’esprit et présence à soi-même. La pratique du qi gong, réalisée en présence, nous aide à revenir à notre essence première, source de vitalité et de bonheur, tout en ouvrant notre corps et notre conscience. Les étirements constituent des outils de première importance dans cette démarche de découverte et d’ouverture. Qu’est-ce que la douleur pour le qi gong ? Rappelons que dès qu’il y a douleur, il y a blocage : le sang et l’énergie sont bloqués dans la zone douloureuse, il n’y a plus de mouvement. Et sans mouvement, il n’y aura pas de transformation, il n’y aura pas de déblocage progressif. De manière instinctive, quand nous avons mal quelque part, la plupart du temps nous frottons la zone et nous redonnons ainsi du mouvement au sang et à l’énergie. Avec le qi gong il en sera de même, on pourra entamer en douceur une mise en mouvement ; elle pourra paraître minime au départ, mais peu à peu la fluidité reviendra et avec elle l’harmonie. Quelles solutions du point de vue de la pratique du qi gong ? En corrigeant sa posture, en se relâchant dans la Terre et en s’étirant vers le Ciel, le mal de dos peut déjà diminuer. Ou bien en apaisant les émotions par des mouvements qui permettent par exemple de relâcher le plexus solaire, le mal de dos peut s’estomper. Ou bien en apaisant les pensées par des mouvements qui permettent, entre autres, de ralentir le « petit vélo » dans la tête, le mal de dos va éventuellement s’adoucir. Ou tout simplement en retrouvant une respiration plus ample et pleine, le sang et l’énergie vont se remettre en mouvement et lever progressivement le blocage et la douleur. Il est intéressant de noter ce que dit la médecine chinoise, qui inclut le qi gong, sur le poumon : en plus d’être le maître de la respiration, il fait circuler le sang et l’énergie dans tout le corps à travers sa fonction respiratoire. Bien respirer est donc fondamental aussi sur ce plan-là. En clair, il n’y a pas de « mouvement miracle » bon pour le mal de dos, même si on vous le dit sur Internet ! En d’autres termes, on pourrait presque dire que tous les exercices sont bons pour le dos, et adaptables par le professeur en fonction du degré et de l’endroit du mal au dos. Car ce ne sont pas les exercices qui vont le plus agir ! Lorsque le pratiquant retrouve peu à peu un équilibre, que le sang et l’énergie circulent mieux et que sa respiration s’ouvre, le mal de dos a tendance à diminuer. Certains exercices seront plus appropriés pour une personne que pour une autre, et c’est là à nouveau que le professeur de qi gong devra être vigilant pour conseiller ses élèves. C’est pour cette raison fondamentale qu’ici, dans cet article, il ne pourra pas être conseillé tel ou tel exercice qui, pratiqué seul, sans le regard du professeur averti, pourrait